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    Témoignages d'élèves 

    Jean était Musique. Dans son être, dans sa vie, il vivait et respirait la musique, avec ses consonances et ses dissonances. Il était généreux et impatient, pédagogue et excessif, instinctif et pinailleur. Il donnait tout, écoutait, pardonnait (parfois), encourageait, mais exigeait sans arrêt.

     

    Son enseignement était à cette image : débordant et inclassable. Il pouvait être violent, injuste, acerbe, et passer des heures, sans compter, pour aider son élève à aller au bout de ses idées, et se dépasser. Nous pouvions aller chez lui sans rien savoir jouer, et passer tout un cours sur d’infimes détails. Une leçon prévue pour deux heures durait rarement deux heures : c’était souvent le minimum. Et après tous ces remous, il pouvait faire cuire une omelette à la recette improbable, offrir un verre, nous emmener au café ou consulter ensemble le catalogue de « l’Homme Moderne ». Il passait d’un soleil à l’autre, parfois d’un nuage à une éclaircie. 

     

    Ombre et lumière, tempête et douceur : il alliait sans cesse les états complémentaires, contradictoires, déconcertants. Il pouvait vous défaire comme une brindille dans un ouragan, et envoyer un fax à minuit pour dire «merci pour ce Schubert».

     

    Je me souviens de mon premier contact avec lui, d’une violence totale. Cela a duré une minute. Je suis reparti déconfit, avec tout à refaire, et à digérer. Il m’a appelé le soir même pour s’excuser, et pour m’inviter à aller écouter la finale du concours Long-Thibaud avec lui. Quelques jours plus tard, je vais au rendez-vous : personne. Il s’était trompé de jour, le concours n’avait pas lieu ce jour-là.

     

    Mais il était fidèle, ô combien fidèle. À la musique, à ses amis, à ses élèves. Il nous donnait tout, nous léguait tout. Enseigner était une seconde nature, une évidence, une passion. Il nous accompagnait, nous guidait, nous emmenait. Pour lui, enseigner, c’est voir son élève le plus souvent possible, pour travailler, étapes par étapes, tous les aspects de l’œuvre. Il n’était pas un grand fan des «maestros» qui distillent leurs conseils avec truculence, chantilly, et parcimonie, pendant quelques séances dispersées au long d’une année. Non ! Pour lui, le travail est quasi quotidien, un travail de jardinier, de père et mère musical. Un travail de chaque seconde. Travail d’invention, d’écoute, de recherche, de perfectionnement encore et encore. Il inventait des exercices, passait des heures à tout mettre en place : il n’avait peur de rien. À Saint-Denis, au Mont d’Or, ou dans sa tanière de la rue Ballu, c’était un artisan de la pédagogie, artisan au sens le plus noble, le plus profond, le plus poussé. Une chose importait : le son. Des exercices de Brahms en passant par les doigtés auxquels il dédiait toute son imagination parfois déconcertante, la couleur, le son, étaient ses plus ardentes priorités.

     

    «C’est très mauvais !» : combien de fois avons-nous subi cette avanie, ce camouflet, ce jugement lapidaire. Mais c’était le marchepied de l’excellence, à l’horizon sans cesse repoussé, au progrès, à l’Art tout simplement.

     

    De la même manière, il pouvait préparer ainsi ses enregistrements, lire, creuser et fouiller... Et tout réinventer au concert, en prenant des risques et en livrant des versions parfois très personnelles, mais qui laissaient place, au détour d’une phrase, à l’incroyable, à l’inattendu, à l’inoubliable. 

     

    Calé devant son piano, rentré en lui-même, sculptant le clavier, les sons, avec cette pâte malléable, tendre, puissante, avec ces mains qui pétrissaient le son comme le boulanger, il voyageait dans cette terre de passion, d’exaltation, de solitude, et de rêves partagés. Il nous a donné une partie de sa vie, de son temps, de ses doutes, de ses découvertes. Il nous a légué une part de son art, des gouttelettes de mystère.

     

    Qui était Jean ? Il était difficile de le savoir entièrement. Curieux de tout, il passait des Chants de l’Aube à Benjamin Godard, de Claude Ballif à Mozart et Kirchner, en passant par tous les volumes de «Bach à nos jours».

     

    Il était une polyphonie humaine. Il a été notre Maître, il restera notre Maître, notre grand Maître.

      

    Grégoire BAUMBERGER 

    C'est par un heureux concours de circonstances que j'ai pu rencontrer Jean Martin. J'avais découvert quelques-unes de ses interprétations de Schumann, qui m'avaient poussée à acheter ses disques. Quelques mois plus tard, dès que j'en ai eu connaissance, je suis allée suivre une Master class qu'il donnait dans son appartement à Paris. 

     

    J'ai alors rencontré un homme chaleureux, généreux et avide de nous entendre. Ses conseils pianistiques, la simplicité de son accueil et son humour facétieux ont fait de cette expérience un moment unique et précieux pour moi, tant humainement que musicalement. 

     

    Ce n'est pas tous les jours que l'on rencontre un Maître. Ce fut une chance. Merci.

     

    Lorraine BAUMONT

    « Jouer les silences », « Oui, mais M. Schumann, il n’a pas écrit ça ! », « Avance dans les touches pour jouer piano » ... tant d’expressions où la voix de Jean Martin résonne à mes oreilles !

     

    J’avais 17 ans, le bac, le début d’une vie et je sortais du cours Guébel rue de La Tour quand j’ai rencontré Jean pour la première fois dans son studio de la rue des Plantes. Je lui jouai mon morceau courant : « Après une lecture de Dante » de Liszt, fougueux exercice de mémoire de jeune homme dont je serais bien incapable aujourd’hui et... je suis demeuré depuis dans le plaisir de son instruction, douce, bienveillante, à l’écoute et sérieuse, rigoureuse tout en comprenant intimement la musique : l’expression, le phrasé avant le cadre. Les règles au service du message, de la diction, du « tout est dans la partition » de Suzanne Guébel.

     

    Je présente quatre courtes pièces travaillées avec Jean — quoique hors de son répertoire usuel —, certaines jouées en 2015 avec le Jan ‘s Club durant un concert auquel il avait assisté, me gratifiant de ce mot à l’issue : « c’était très bien, je ne me suis pas ennuyé un seul instant ! »

     

    François BELORGEY

    Ma première rencontre avec Jean Martin a eu lieu en 2008 lorsqu’il siégeait au jury d’un concours à l’école Cortot. Je me souviendrai toujours de cette rencontre qui a transformé ma façon de jouer et des circonstances si drôles de ce concours. Cette année-là, je m’y présentais entre autres avec l’Adagio en si mineur, K. 540 de Mozart. Pendant que je le jouais, j’ai été interrompu par le son d’une cloche. Cela signifiait que mon jeu ne plaisait pas au jury. C’est donc sans doute mes interprétations de la sonate dite « La Tempête » de Beethoven et de la troisième de Prokofiev qui m’ont valu le diplôme. Après l’annonce des résultats à la Salle Cortot, curieux de savoir pourquoi on avait sonné la cloche, je suis allé discuter (comme à l'accoutumée) avec les membres du jury. Le président m’expliqua que je jouais cet Adagio trop lentement. Jean m’expliqua que je le jouais trop vite. J’ai vite compris que c’était Jean qui avait raison car j’ai pu constater que sa mémoire était très vive, la fatigue accumulée au cours de plusieurs jours à écouter de nombreux pianistes ayant sans doute piégé celle du président. Sans même consulter ses notes, Jean me parla de divers détails sur ma posture et ma musicalité et me donna de nombreux conseils techniques. Le caractère précis de ses remarques me fit sentir que mon jeu ne l’avait pas laissé indifférent. Il m’invita à fréquenter son stage d’été, une invitation que je fus malheureusement contraint de refuser compte tenu du peu de temps qui restait pour organiser un voyage en Auvergne. Un an plus tard, je retrouvais à nouveau Jean au jury, cette fois-ci pour l’obtention du diplôme supérieur. Il me fit à nouveau la proposition de participer à son stage mais comme je n’avais pas gardé de contact avec lui, la situation n’était pas différente de celle de l’année précédente. Il me proposa donc de me faire travailler le piano chez lui. C’était pour moi l’occasion d’avoir d’autres avis de ceux que j’avais depuis quelques années avec mon professeur à l’école Cortot. Et ça me permettait de garder à l’horizon l’idée d’enfin fréquenter son stage d’été. Ça a été le début d’une enrichissante aventure pédagogique mais aussi d’une amitié. Jean fut le premier véritable professeur à m’avoir appris à choisir intelligemment les doigtés en fonction du phrasé, de la courbe mélodique et de l’écriture musicale. Il fut le premier à m’avoir fait comprendre et vivre de l’intérieur la musique de Mozart (au-delà de cet Adagio, bien sûr). Un jour, chez lui, il me proposa de me faire travailler la Sonate en do majeur, K. 330 de Mozart. Ce jour-là, je l’ai apprise en entier avec lui, en une longue journée de huit heures. Oui, il m’a fait un cours de huit heures ! Jean ne m’a jamais fait payer un seul cours de piano. Il me disait souvent que c’était une façon de rendre à quelqu’un ce que son maître Yves Nat lui avait donné. Je ne pourrais donc pas terminer ce témoignage sans un mot de remerciement (bien que toujours insuffisant) envers tout ce qu’il a pu faire pour moi et souligner la générosité et la bonté qui émanaient de son cœur, des qualités humaines qui expliquent certainement l’immense artiste qu’il était.

     

    João COSTA FERREIRA 

    Jean a été mon premier grand professeur, celui qui élargit votre univers soudainement. Je l'ai rencontré au stage de Lumbin à l'été 1991. Je n'ai jamais fait partie de sa classe officielle mais il m'a toujours suivi en contrepoint fondamental.

     

    Bien sûr, le plus grand souvenir pour moi est d'avoir joué avec lui la fantaisie de Schubert en tenant la partie basse me permettant d'entendre ce thème extraordinaire aussi près que possible !

    Bon j'étais un peu dans mes petits souliers et je tentais surtout de tenir  ma partie!

     

    Jean était un pianiste avec un grand instinct naturel, qui avait une idée très fine et très précise de ce qu'il voulait entendre. Ce n'était pas toujours facile de suivre son oreille mais c'est bien ce chemin qui fut très formateur.

     

    Sylvie DAUTER 

    Juan José ESCLAVA

    Je ne pourrai jamais oublier son regard si passionné et sincère à la musique pendant la masterclass en 2017 chez lui. J’ai joué la sonate de Liszt, mais depuis son cours, quand je joue d’autres pièces de Liszt, son conseil les influence toujours très fortement. Et j’étais ravie d'avoir fait connaissance avec ses élèves au concert après la masterclass. Nous avons passé un très beau moment ensemble avec Jean. C’est grâce à mon mari François Henry que j’ai pu le rencontrer. Nous écoutons souvent ses enregistrements. J'aime beaucoup ses enregistrements de Fauré et Schumann. Quand nous les écoutons, nous sentons son âme vibrer avec nos cœurs, et chaque fois il y a toujours beaucoup de découvertes. Nous pouvons sentir qu’il est toujours notre professeur. 

     

    Mayuko ISHIBASHI-HENRY  

    J’ai travaillé avec Jean Martin à son arrivée au Conservatoire de Versailles,  l’année scolaire de mes 18 ans, dernière année de lycée et avant d’intégrer le CNSMD de Lyon.

     

    Ce qui m’a marqué le plus, au cours de cette courte période, c’est son attention au travail du son. Construire une « patte sonore » au départ de la partition et à la manière d’un sculpteur et en étant vigilant à toujours rester dans une approche souple du piano, sans raideur physique. Au niveau du répertoire abordé, c’est bien sûr la musique allemande et Schumann en particulier qui resteront pour moi associés à la personnalité artistique de Jean Martin et aux heures de cours passées avec lui. 

     

     Maxime LESCHIERA

    J'ai connu Jean Martin grâce à Josette, pianiste comme moi dans la même association. Lors d'un concert dominical au printemps 2010, elle avait découpé dans la brochure des stages d'été du Mont-Dore la page concernant le stage de piano de Jean, posée en évidence sur la table réservée aux dépliants musicaux. Jouant surtout de la musique de chambre, j'ai pensé que ce stage me stimulerait pour travailler mon piano seul. Voilà comment a commencé un grand coup de cœur pour cette région, et une très belle aventure musicale et humaine.

     

    Voici quelques souvenirs qui me reviennent des cours avec Jean :

    - Pouvez-vous chanter cette phrase ?

    - Pensez à respirer avant de commencer !

    - Il faut continuer à travailler chaque main séparément. Il faut aussi travailler «à la table», seulement avec la partition.

    - Les métronomes, il faudrait tous les jeter... (j'avoue être toujours à la recherche du mien depuis mon dernier déménagement)

     

    Tout ceci en montrant l'exemple avec une technique merveilleusement naturelle et musicale.

     

    Je me souviens aussi des pique-nique au lac de Guéry, et des pots avec une grande tablée de disciples au Pif Paf....

     

    Aujourd'hui, Jean repose en paix et doit parler musique dans un coin du ciel avec Josette et Serge.

     

    Corinne LODEON

    Merci pour cette belle journée d’enseignement !

    Encore une fois, tu as été l’incarnation de la musicalité !

    C’est peut être mal dit… Je cherche… : tu es l’incarnation du sentiment musical. Non c’est pas encore ça.  Tu es l’incarnation du très probable ressenti des compositeurs.

    A la fois tu demandes à tes élèves de respecter avec rigueur et sobriété ce que les compositeurs ont écrit, et à la fois tu leur suggères d’interpréter selon ce qu’ils ont réfléchi et pensé de l’œuvre et aussi selon ce qu’ils ressentent. De la tête et du cœur…

    (Et d’envoyer balader ce que l’éditeur aurait décidé comme une noire à 40 ou autre métronomie aléatoire !).

     

    Ce que je trouve captivant dans tes Masterclass, c’est de te regarder !

    Regarder les mouvements et les impulsions de tes mains, de tes doigts, de ton corps, car ce sont eux qui montrent tout de la musique jouée. 

    Du Bach, du Liszt, du Fauré… il suffit de te regarder pour voir ce que toi tu ferais. 

    Et même si tu laisses à tes élèves le choix de faire comme ils le ressentent, 

    ce que tu montres dans ton corps (ou avec ta voix quand tu chantes) c’est ce que le compositeur avait dans la tête, c’est probable, c’est même sûr. 

     

    Et la différence entre l’an dernier et cette année c’est que tu proposes de plus en plus d’être plus mélodique, plus chantant, moins rythmique.

    J’ai bien aimé aussi quand tu dis ceci :

    Quand on joue piano, pianissimo, on est quasi figé, contracté, immobile, on effleure les touches, on les chatouille. 

    Le contraire des forte, là, on lâche les muscles, on détend le corps pour trouver la force lourde.

    Merci et bravo !

     

    Isabelle MARTIN 

    J’ai été nommé au début de ma carrière Adjoint d’Enseignement musical au Conservatoire national de Région de Lyon en qualité de répétiteur de Piano et de Lecture à vue affecté à la classe de piano de Jean Martin. Je finissais une formation de préparation au Certificat d’Aptitude à l’enseignement du Piano au Conservatoire national de Région de Rueil Malmaison où j’avais été élève de Lucette Descaves. Lucette Descaves qui avait été assistante de Yves Nat au Conservatoire de Paris avant de reprendre sa classe en tant que professeur, avait un enseignement franc et solide.

    Lorsque j’ai rencontré Jean, il a pris le temps de m’enseigner sa conception du jeu pianistique, sa manière vivante de façonner sa musique. Je garde le souvenir d’une présence forte, de mains déraisonnables, de doigts qui débordaient de la touche. Jean était un artiste qui à l’instar de son maître Yves Nat était tourné vers la musique romantique grave et ombrageuse.

    Pour lui, il fallait oublier la technique, mais pas une certaine technique ; le musicien par son travail efface la distance qui sépare l’interprète du compositeur. Son jeu adoptait une technique de sonorité semblable à une voix, suivant la voie tracée par la partition, une partition lue à travers le prisme du timbre. Cette technique du son était basée sur le sens de la phrase, et l’expression en utilisant toutes les possibilités du geste et des doigts. Une matérialité corporelle en quelque sorte!

    Le son du piano faisait alors l’effet d’une évidence dramatique, plus nervalienne que transcendante et exerçait une fascination et une séduction troublante. Au fond, Jean était un homme inquiet, à la recherche constante d’un son produisant son effet amoureux.

     

    Philippe RIONDET 

    J'ai été son collègue au CRR de Lyon dans les années 1980-90. J'étais jeune et il m'avait fait travailler la Fantaisie de Schumann. Belle expérience.

      

    Philippe SOLER 

    Johann VACHER

    Nhan PHAM-LAE

    Témoignages autres

    Claude BURGOS

    Lors d'une de ces petites fêtes si mémorablement conviviales et chaleureuses que Jean organisait chez lui avec ses amis et élèves, il avait dû remarquer que je n'avais pas parlé à quelqu'un dont il avait dû sentir que nous nous serions bien entendus.

    Quelques semaines après, il m'invite à un concert en me disant de ne pas l'attendre, de prendre ma place et de m'asseoir. Ce que j'avais fait, en me retrouvant assis à côté de Juan – à qui il avait dit la même chose…

    La générosité de Jean débordait de tout son être, de tout ce qu'il était et faisait, et il avait aussi une intuition humaine très forte et très sensible – car il avait vu juste : Juan est devenu l'un de mes quelques amis pour la vie, l'une de ces amitiés dont on sait qu'elle comptera pour toujours. Je m'aperçois, en écrivant, que je parle de Juan et de Jean.

     

    Florian CONIL 

    Pour Jean Martin

     

    Il y a bien des années, j’avais acheté le CD des chants de l’aube, de Robert Schumann, par Jean Martin, et c’est un des disques que j’écoutais quasiment en boucle.

    Et puis, un jour, par hasard, je parle de ce disque à Bruno Bottet, qui n’était alors qu’un excellent collègue de travail, avant de devenir un ami très cher. Et je lui pose la question : « Connais-tu ce pianiste, un certain Jean Martin » ? Et Bruno de me répondre : « Bien sûr, il a été mon prof de piano, et c’est maintenant un ami ; si tu veux, je te le fais rencontrer ».

    Je ne me suis pas fait répéter deux fois cette proposition, et la rencontre a eu lieu, facilitée par le fait que Jean Martin était professeur au Conservatoire de Lyon, ville où je réside. Et cette première rencontre s’est poursuivie par de nombreuses autres, beaucoup chez moi, quelques unes chez lui, et d’autres encore à RCF (l’interview de 2010 n’était pas la première).

    Un jour, nous avions invité Jean à dîner à la maison. J’étais dans la journée en déplacement, sans doute à Paris, et Michèle, ma femme, était à son poste de directrice d’école maternelle. Tout allait bien, et puis, patatras : je rate mon train de retour, et un enfant qu’on ne vient pas chercher à l’école, d’où l’impossibilité pour Michèle de rentrer pour accueillir Jean.

    Même s’il n’y avait pas encore de téléphone portable à cette époque, nous avions le téléphone et Michèle a demandé à Cécile, notre fille ainée, qui avait 8 ou 9 ans à l’époque, de s’occuper de Jean. Comme elle l’avait vu plusieurs fois chez nous, pas de problème : elle l’a fait entrer, asseoir au salon, et elle lui a demandé ce qu’elle pouvait lui servir à boire. « Un whisky, si tu veux », lui a dit Jean. Mais panique : « ça ressemble à quoi, une bouteille de whisky ? ». Finalement, Jean s’est servi lui-même et nous sommes arrivés sur ces entrefaites.

     

    Et maintenant un souvenir bien triste, que Christiane a sans doute déjà raconté. C’était pour les funérailles de Bruno, au cimetière du Père Lachaise. Dans la salle des cérémonies, il n’y a pas de piano, mais il y a un orgue. Jean en a joué, avec des transcriptions pour orgue d’œuvres de Schumann que Bruno aimait tout particulièrement. Un moment d’émotion comme j’en ai rarement éprouvé.

      

    Jacques NOUVIER

    Jean Martin, un arbre et l’éternité.

    Cher Jean , je n’ai pas eu l’occasion de te remercier pour la chance que tu m’as offerte. Avec toi, un monde où la magie du silence nourrit la musique m’a été ouvert.

    Ainsi, tu as été un immense arbre , autre nom pour désigner un « maitre » et tu as cherché parmi les apprentis-pianistes ceux qui seraient dignes des secrets qui t’avaient été confiés par tes aînés.

    J’adorais la dévotion bourrue qui t’unissait au piano; et j’admirais ton arrangement avec la solitude qui en découle.

    Tu vas me manquer beaucoup ; le silence que tu laisses est si difficile sans ton piano. Merci.

     

    Thomas SPRAUEL

    Alexandre PRODHOMME

    Les Chants de l’aube et le rêve de l’étranger du Caire

     

    Une certaine nuit d’hiver dans un café qui me sembla familier, tranquille et à la lumière tamisée, je me trouvais au rendez-vous. Je le trouvais assis seul en train de boire un verre de vin rosé dans un coin face à une petite fenêtre qui donnait sur le Rhin, ou c’est ainsi qu’il m’apparut. Il m’accueillit avec un sourire empreint de tendresse ; je m’assis à côté de lui, face à la fenêtre. Nous échangions des propos comme des amis intimes, je lui parlais de moi et abordais toutes sortes de sujets dont je ne me souviens plus, quand soudain, me coupant la parole, il me dit : « Clara ne comprend plus ce que dis ! »

     

    Je lui répondis : « Ne sois pas triste, mon cher Robert ! Tu sais quoi ? Et bien hier, j’ai entendu un pianiste français qui a des Chants de l’aube une interprétation merveilleuse. Jamais, il me semble, je n’ai entendu ta voix si nettement et de façon aussi sublime.

     

    Il me dit regardant le ciel à travers la fenêtre : « Vraiment ? Peut-être que je le connais. J’ai là-bas beaucoup d’amis. Comment s’appelle-t-il ? »

     

    - « Jean Martin »

     

    - « Peut-être que nous devrions l’inviter et nous rencontrer ici, nous boirions à la santé de l’aube. Parlons à monsieur Jean Martin ! »

     

    Puis je perçus ses pas qui, derrière moi, s’éloignaient à la hâte. Soudain la lumière de l’aube parut à travers la petite fenêtre, si forte que je dus fermer les yeux, quand je les rouvris, je me trouvais dans mon lit, ma femme et le chat endormis à côté de moi, tandis que la voix de Schumann ne cessait de résonner à mes oreilles : « Parlons à monsieur Jean Martin »

     

    Je me suis Je réveillé et je me suis dit : « Quel rêve étrange ! Peut-être que le moment est venu de chercher à entrer en contact avec cet immense interprète et lui de rapporter ce rêve étrange dont à n’en pas douter le jeu était la cause. »

     

    J’avais entendu Jean Martin interpréter les Chants de l’aube, il y avait sept ans de cela, tout à fait par hasard, alors que je m’étais attaché à rassembler les enregistrements de Schumann accessibles sur le net. Les amateurs de musique classique, ici au Caire, souffrent de la rareté des disques de musique classique et de l’absence d’offre dans les magasins ; ce qui fait des sites spécialisés dans cette musique sur You Tube notre seul recours. Et bien que j’aie beaucoup écouté cette œuvre par d’autres interprètes, jamais je n’avais éprouvé ce que j’ai ressenti. J’ai aimé cette interprétation de Jean Martin où, me semblait-il, tout était vrai, les mélodies brillantes aux timbres profonds, aux idées musicales qui respirent naturellement, le rythme qui meut le cœur comme les astres se meuvent autour du soleil, laissant une trace profonde dans l’âme et la conscience. Les lignes harmoniques et les voix nombreuses qui réalisent ensemble une unité mélodieuse sans qu’aucune n’empiète sur l’autre, comme dans le mythe, une danse des adoratrices de Dionysos lors des célébrations du culte antique. L’interprétation de Jean Martin attira, entre autres points, mon attention sur le mystère qui entoure le quatrième Chant en fa dièse mineur et qui me sembla être un chant d’adieu que l’on serait bien en peine de décrire. Est-ce l’aube qui prend congé de nous ou bien est-ce nous qui sommes proches de la fin d’un voyage dans une forêt ensorcelée devant le Mausolée de toutes les tristesses, ou bien encore est-ce Schumann lui-même qui pense à un chant d’adieu et nous adresse une message qui, difficile à comprendre même pour ses proches d’alors, annonce que le moment du départ est proche.

     

    L’interprétation poétique de Jean Martin, absolument unique, des Chants de l’aube me fit mieux comprendre les premières œuvres de Schumann et me renforça dans ma conviction que la rapidité d’exécution des contemporains, à négliger une déambulation sereine, passe à côté de la magie de jardins et de bosquets et en escamote les secrets qui la caractérisent. Comme son interprétation me fit penser au troisième mouvement « adagio sostenuto » de la sonate numéro 29 de Beethoven et m’en fit mesurer la proximité puisqu’elle contient déjà en germe l’arbre du romantisme qui allait croître et s’épanouir dans l’œuvre de Schumann.

     

    Je commençai donc la journée du 24 janvier 2020 en recherchant l’adresse électronique de Jean Martin ou tout autre moyen d’entrer en contact avec lui. Par chance je tombai sur un site à son nom qui semblait déjà ancien et qui comprenait une adresse courriel et un numéro de téléphone. Le cœur battant et avec quelque hésitation, ne sachant si l’adresse mail existait toujours ou non, de même que je n’étais pas très sûr de ce que je lui écrirais, sachant que je ne parle pas français, mis à part quelques phrases simples apprises de ma femme française ; et que je n’écris qu’à l’aide des dictionnaires et de ses conseils. Surmontant mon hésitation et ma timidité, je me décidais à lui écrire en anglais que je maîtrise et la lui envoyais, je saurais si l’adresse était encore bonne. Jean Martin me répondit au bout de deux jours avec une extrême gentillesse, souhaitant que je lui écrive en français afin qu’il puisse me lire. Ce que je fis pour me présenter à lui cette fois-ci, lui rapporter mon étrange rêve et le remercier pour sa merveilleuse interprétation des Chants de l’aube. Puis lui adressant trois baisers, l’un pour son oreille qui avait entendu les notes dans leur vérité, un autre pour son esprit qui embrasse l’œuvre sublime et un autre encore pour ses mains qui ont réalisé ce merveilleux enregistrement, dont j’ai appris qu’il remontait à 1972, c’est-à-dire quatre ans avant ma naissance, je lui dis mon espoir qu’il accepte mon amour et mon respect et lui souhaitais la bonne journée.

     

    Et comme je fus heureux le 27 janvier lorsque je reçus un coup de téléphone de Jean Martin qui dura un bon quart d’heure ! Je me souviens encore de sa voix claire et enjouée, et son étonnement quand il apprit que je n’avais pas étudié la musique mais la philosophie et que je n’étais qu’un simple amateur, tombé depuis l’âge de ses 13 ans sous le charme de Schumann, lequel venait souvent le visiter dans ses rêves, et qui passait le plus clair de ses journées à écouter sa musique avec celle d’autres compositeurs majeurs.

     

    A partir de là notre amitié se fraya son chemin à travers des échanges épistolaires sinon quotidiens du moins hebdomadaires où nous abordions toutes sortes de sujets liés à nos vies, la musique et la philosophie, mais le temps qu’il fait ou la cuisine aussi bien.

    Et je le cite : « Aujourd’hui un philosophe et un musicien cela devrait bien fonctionner ».

     

    En vérité je pensais et je continue de penser que tous ces échanges étaient la poursuite de ce rêve.

     

    Puis il ne se passa pas longtemps avant que le monde entier ne se trouve la proie de l’épidémie Covid 19 et que l’angoisse ne s’insinue dans les cœurs et l’esprit des gens en orient comme en occident, sauf Jean qui en dépit de son exaspération des mesures de confinement affronta l’angoisse de ce virus ravageur avec un sens de l’humeur et de la plaisanterie bien à lui. Comme lorsqu’il me dit qu’il n’ouvrait pas ses fenêtres avant quatre heures du matin afin que le virus n’entre pas, qu’il n’aimait pas le port du masque imposé avec les mesures de confinements. « Dans les transports en commun, il faudra avoir un masque... cela peut faire penser à un opéra de Mozart. » Il me faisait rire aussi avec sa façon de jouer avec les mots ou d’en inventer de drôles de nouveaux, et parfois moqueur. Mais en dépit de la pandémie et des circonstances difficiles, il fut heureux de m’annoncer qu’il préparait un programme à l’occasion du l’anniversaire de Beethoven et qu’il organisait pour juillet 2020 une Master Class dont il me dira le bonheur que lui avaient causé les étudiants qui y avaient participé et certaines des œuvres qui y avaient été présentées.

     

    Je sais que le vendeur de riz souffre rarement de la faim comme celui qui le cultive et que mes propos sur l’art de Jean Martin ne sont que l’expression de l’expérience personnelle d’un mélomane, fidèle à son amour de la musique en dépit de son manque d’études musicales, mais il m’est possible de partager avec vous cette expérience et vous dire que dès que, pour la première fois, j’ai entendu Jean Martin je suis tombé sous le charme de son style unique qui a su pénétrer jusqu’à des profondeurs où bien peu de ses contemporains ont pu s’aventurer. Le son remarquable du piano dans ses enregistrements, l’unité de la forme et du fond que les illusions d’une esthétique formelle ne parviennent pas à rompre, le rythme personnel qui émane d’une compréhension de l’essence de la musique et non pas des indications sèches du métronome.

     

    En vérité le sublime de l’art de Jean Martin dans son jeu pianistique ne se limite pas aux œuvres de Schumann mais s’applique à bien d’autres compositeurs. Que l’on songe aux Nocturnes complets de Gabriel Fauré, les trois Préludes et trois Romances (Editions Naxos 1993) qui scintillent comme un rang de perles que vient encore embellir son interprétation de l’art de ce musicien majeur. Et il n’y pas, non plus, plus beau que ce disque Max Reger des Six pièces pour piano, op. 24, Silhouetten, Blätter und Blüten (Editions Naxos 1994), qui apporte des lumières éclairantes sur ce musicien allemand romantique, malchanceux, qui n’attira pas grand intérêt sur son art élevé. Et c’est sans compter ses interprétations merveilleuses de œuvres de Haydn, Mozart, Karl Maria von Weber, Chopin et pas seulement de Clara Schumann ou Brahms et d’autres auxquelles il a su donné la coloration de son esprit unique et de son style si particulier, si joli qui s’empare des cœurs et des esprits à la première note. Et comme je reste enthousiaste à l’idée de posséder des enregistrements où il a présenté d’autres compositeurs que je ne connais pas comme Benjamin Godard, Stephen Heller, Theodor Kirchner, et Claude Ballif.

     

    En septembre 2020, la santé de Misty, notre chat, commença de décliner ; rapidement les soins qu’il réclamait occupèrent la majeure partie de mon temps en m’affectant grandement. C’est dans le même temps que me parvenait un mail de Jean Martin qui prenait de mes nouvelles et m’apprenait qu’il connaissait de légères complications de santé et que son poignet le faisait souffrir.

     

    « Arthrose, dit la médecine, il faut faire une cure, dit la médecine. On va y réfléchir ! A part cela, grand soleil. Je me remets à travailler au Carnaval, mais le final est un peu trop long. Ne trouves-tu pas que beaucoup de compositeurs ratent leurs finals, comme s’ils avaient déjà tout dit, et toi comment vas-tu ? Bien, j’espère. Bonne journée. »

     

    Je lui dis pour Misty et que je passais par des moments difficiles. Puis que je n’étais pas d’accord avec lui au sujet du final du Carnaval ; qu’il n’était pas trop long et qu’il restait une des scènes dépeintes par Schumann, avec sans doute la reprise de certains thèmes tirés de l’œuvre elle-même ou d’autres œuvres antérieures. Jean me répondit, tout en souhaitant, en dépit de son allergie aux chats, un prompt rétablissement à Misty qu’il se rangeait à mon avis: « Tu as sans doute raison ; mais je le trouve un peu répétitif. »

     

    Je lui dis : « Oui, c’est vrai, le final est un peu répétitif, mais je suis sûr que tu sauras trouver une solution qui cache l’art par l’art même. Je t’embrasse cher Jean, bonne journée à toi aussi. »

     

    Ce devait être notre dernier échange mail. Après quoi l’état de santé de Misty s’aggrava encore. Je n’ai pas voulu dire à Jean par quels moments difficiles me faisait passer cette dernière rechute de Misty, quand, jetant un voile d’absolue tristesse qui ne s’est toujours pas dissipée sur ma vie toute entière, m’est parvenue la nouvelle de son décès suivi quelques jours plus tard, le 27 novembre, de celui de Misty.

     

    Je me souvenais des mots de Jean : « Pour moi je suis consterné, furieux, malheureux de ce que le Caire soit si loin. »

     

    Et je me dis en moi-même que Paris était bien loin pour moi aussi. Mais ne sois pas triste, ami, et reste assuré que nous nous rencontrerons un jour, si ce n’est dans mes rêves, dans une autre vie où le bonheur est éternel.

     

    Aymann ZAHRI

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